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l'art de désobéir

Je suis née en 1952 à Bellac, patrie de l’écrivain Jean Giraudoux, une bourgade située à 30 kms d’Oradour-sur-Glane tristement célèbre de par le massacre qui fut commis par les nazis. L’ordre et le désordre font partie de ma vie. Petite fille de militaire, j’apprends très tôt à obéir. Passionnée de dessin, je veux intégrer l’Ecole des Beaux-Arts, à Besançon où nous vivons. Veto familial. N’étant pas « la femme révoltée » qui serait le pendant de l’homme révolté d’Albert Camus j’intègre l’IUT tout en peignant. Lors de ma première exposition à Bellac, Cueco est l’artiste invité. C’est un trublion notoire engagé politiquement. Je suis marquée par l’homme et l’artiste.

 

J’ai 20 ans et je me passionne pour tous ceux qui transgressent leur condition et résistent en inventant d’autres chemins grâce aux arts, à l’écriture ou l’engagement. Je découvre que mon père, Pierre Camus, professeur de philosophie, a pris un pseudonyme pour ses écrits. Etudiant à Alger, il a connu Jean Grenier, le professeur de philosophie d’Albert Camus. Au fil des années, je vais réaliser combien il a dû, lui aussi , secouer le joug familial. En marge de son écriture sage, il couvrait ses cahiers de drôles de petits bonhommes tandis que ma mère institutrice donnait dans les fleurs et les visages de femmes.

Après mon DUT, je débute comme journaliste dans un journal bisontin, puis je suis embauchée par Le Monde où j’avais fait mon stage de fin d’études comme documentaliste en 1975 : J’y j’écris de 1987 à 1997 pour différentes rubriques en signant « Camus-Lazaro ». Sans cesser de peindre, de dessiner, d’exposer mais en amateur. En 1997, je quitte Le Monde -au grand dam de ma famille!-  pour intégrer mon monde, celui de l’art. Journaliste au Parisien , je me spécialise sur les arts visuels pendant 5 ans et je signe mes articles Laura Moudelaud. Je collabore avec des revues d’art, je crée des formations pour artistes et je lance en 2012, la collection « Artiste mode d’emploi » au Livredart. Aujourd’hui je signe de mon seul nom « Brigitte Camus » comme artiste et auteure.

 

J’ai écrit un essai sur Bernard Buffet, et « par hasard » je rencontre il y a 5 ans les propriétaires du château où a vécu Bernard Buffet qui ouvrent une galerie. C'est aujourd’hui la galerie Adrienne Desbiolles qui présente en permanence mon travail dans l’ancien atelier de Bernard Buffet.

LE PRIX DE LA LIBERTE

Liberté je n’écris pas ton nom, je le crie ! Je te griffe sur la feuille de papier, je te lacère sur la plaque de cuivre, je te couvre et te découvre sur mes toiles, je te chuchote ou je te chahute car je t’étreins dans l’exaltation, l’incertitude et les brûlures du doute. Dans cette famille de fous du monde où il faut avancer toujours plus vite, je réclame la carte du temps, celui dont parle mes routes et mes escaliers qui ne mènent pas toujours quelque part.

 

Je revendique l’éloge de la lenteur et de l’erreur, apanages de la liberté. Je veux avoir la liberté de ne pas choisir entre le blanc et le noir, entre le figuratif et l’abstrait, les couleurs et les mots, l’émotion et le concept, les sentiments et l’intellect, l’aquarelle et la peinture, le dessin et la matière…. Je veux tracer ma route en me déroutant à chaque instant pour chercher à tâtons ce chemin qui mène à la connaissance en multipliant les passerelles entre mondes visibles et invisibles, accompagnée par ces anges qui parsèment mes peintures et m’ouvrent à d’autres paysages, d’autres formes de vie, élargissant le champ des possibles de l’imaginaire sans frontières. Liberté, je voyage dans ton royaume, au pays des archétypes et de rêves inconcevables qui basculent de l’inconscient vers le conscient, en prenant formes, en devenant tangibles dans des explosions de signes (série « Amour langue des signes »).

 

Je te prends au mot liberté : je m’enferme dans le carcan de sujets convenus (Paris, les coquelicots) et dans le choix de la série, pour mieux guetter le dérapage qui me fait basculer ailleurs grâce à un geste maintes fois répété. En gravure au royaume du noir et du blanc, je choisis de porter la couleur au paroxysme avec le fluo. Je descends au fond du puits artistique, éreintée par la technique : dos et épaules rompus par le poids des plaques et des rouleaux et de la presse. Je mets un an pour arriver à faire mes propres tirages, je m’éprouve physiquement et mentalement : couleur au corps à corps, combat avec moi-même. Et je connais l’épreuve dans ma chair.

 

Chaque jour, j’ouvre des portes de jardins secrets sans le savoir (séries « Résilience » ou « Secrets de famille »). Mes tableaux je les construis grâce à toi le « regardeur », qui de bonne heure m’a montré ce que je ne voyais pas. Je ne suis pas libre par postulat (fichu inconscient diablement rusé !) mais je le deviens -un peu-, riche d’ouvertures, par ta présence, par ton regard, par cette histoire dont nous dénouons le fil ensemble, avec l’émotion et la beauté comme personnages principaux. In fine, je sens physiquement le vent de la liberté de par la modification de l’espace pictural (série« Paysages et infini » 2014).

Face à l’intolérance, à la bêtise, je choisis non pas les armes mais l’art : les couleurs, les symboles, la beauté. Face aux discours, je choisis la poésie. Ce qui nous tire vers le haut afin que brûle dans les cœurs l’amour et non la haine : (séries Liberté/libertés 2015, Mon pays/ton pays 2015/2017, et Voyages avec… 2017/2018)

 

L’art sauvera (peut-être) le monde. Se mettre en danger, c’est le seul prix de la liberté. Douter, tenter. Douter encore et toujours. Pour avancer sans renoncer.

 

Brigitte Camus